Accueil | Créer un blog | Blog Beauté | Blog Séries 247

Les petits noirs de Stéphane Laurent

entretiens littéraires au coin du zinc...

Repères...

Stéphane Laurent est journaliste et rewriter dans l'édition.

Rechercher

Compteur

Depuis le 22-02-2007 :
9030 visiteurs
Depuis le début du mois :
272 visiteurs
Billets :
7 billets

Un petit noir avec Nicole Laugel | 23 février 2007

Nicole Laugel est un écrivain de l'ombre : elle met son talent pour l'écriture au service des autres, ceux dont l'expérience de vie ne se double pas forcément d'une expérience de plume. Vivre de ses écrits en produisant pour les autres, concilier travaux alimentaires et écriture personnelle, se frotter aux réalités parfois pénibles de l'édition... tels sont tous les aspects de l'écriture que j'ai voulu aborder avec Nicole Laugel, un peu comme au coin du zinc, devant un bon petit noir...

 

- Vous êtes biographe : en quoi consiste exactement votre travail ?

 

- Ce terme de biographe regroupe des travaux d'écriture dans un sens large. Pour resserrer, je dirais que j'écris pour les autres. Biographies ou mémoires, récits, confessions, romans, toutes sortes d'histoires. Ma base de travail peut-être constituée de conversations avec le « commanditaire » que j'enregistre, de recherches que je réalise moi-même à la demande, de notes griffonnées dans un cahier que l'on me confie ou parfois de textes écrits en style télégraphique et même en phonétique. Il m'arrive aussi d'améliorer un récit, de le rendre plus fluide avant édition... 40 % environ de mon temps  est consacré à l'écriture. Le reste du temps passe dans les tâches que requiert une petite entreprise : recherche de clients, paperasseries, discussions et interviews, recherches, et surtout corrections et longues relectures répétitives (5 ou 6 au moins pour chaque manuscrit livré).

 

- Vous travaillez beaucoup, je crois, avec des personnes assez âgées désireuses de raconter leur histoire à travers un livre : quelles sont les attentes de ces personnes ?

 

- Bien sûr, les personnes âgées sont mues par un fort désir de transmettre leur histoire, les origines de leurs aïeux quel que soit, je le précise, le milieu social dont elles sont issues, affirmer leurs valeurs, parler de la vie qui a beaucoup changé, ne pas laisser un métier se perdre. Leur attente est peut-être bien de retenir un peu le temps qui s'enfuit. Et puis le livre constitue un relais avec leurs descendants qui sont de plus en plus demandeurs. Mais les personnes âgées (au fait, ça commence à quel âge aujourd'hui ?) ne sont pas les seules à vouloir livrer leur vie à leurs proches...

 

- Est-il facile d'adapter sa plume à l'univers d'un autre, de répondre à ses attentes ?

 

- Non, pas toujours. Il faut pour cela une qualité qui est aussi un défaut : être gentille et bon public. Et je le suis... J'aime qu'on me raconte sa vie. Ce que je préfère bien sûr, c'est que le commanditaire d'un livre me laisse carte blanche. Mais quand ce n'est pas le cas, je comprends vite qu'il me faut utiliser certains mots, faire des phrases courtes ou plutôt longues, ou qu'il ne me sera pas permis de sortir du cadre strict des faits rapportés. Rester dans ce cadre est un bon exercice (normal, je suis gentille...)

 

- Les personnes auxquelles vous prêtez votre plume choisissent bien souvent la voie de l'édition alternative : compte d'auteur ou auto-édition. Je reste, vous le savez, assez dubitatif devant ces modes d'édition, notamment pour ce qui concerne la diffusion... Quelle est votre position personnelle sur ces pratiques ?

 

- Je ne suis pas dubitative sur la question. Se raconter dans un livre que l'on a fait éditer à 300 exemplaires par un éditeur qui fait du travail sérieux et de qualité serait une mauvaise « pratique » ?  Aux yeux de qui et pourquoi ? La diffusion est de 150 à 200 auprès de la famille et des amis et d'environ 3 ou  10 en librairie. Parfois plus, parfois moins. Ces auteurs ne courent pas après le grand public, ne cherchent ni la gloire ni le Goncourt... Voilà pour ce que je connais. Et ceux qui ont fait appel à une plume pour réaliser le travail ont le souci de ne pas (excusez du peu) livrer un texte de mauvaise qualité. Mais je sais qu'il existe d'autres « pratiques ». Dans ce cas, le problème est que l'auteur est aveuglé par le désir de voir son nom imprimé sur la couverture d'un livre. Et ça, ça n'a pas de prix... Pourtant le prix se révèle parfois ruineux.

 

- Vous écrivez également sous votre propre nom et vous avez publié des romans, je pense notamment à 4 ares 45 de bonheur. S'agit-il d'un itinéraire parallèle, ou voyez-vous une réelle correspondance entre vos travaux pour les autres et vos livres plus personnels ?

 

- Le roman que vous citez est mon premier. Les passerelles entre mes deux plumes ne sont pas simples à mettre en place. Je dirais que la plus personnelle des deux est souvent reléguée à la main gauche (je suis droitière, vous l'aurez deviné...) La correspondance entre les deux réside essentiellement dans le bonheur d'écrire à longueur d'année. Une vie rêvée. Mais cette graphomanie est à double tranchant. Pour vivre, compris au sens manger et payer ses factures, il faut beaucoup écrire, mais pour les autres... Et si je ne m'en plains pas, je pense que c'est un empêchement pour le roman. Cela dit, récemment, en parlant avec un écrivain également traductrice, je me disais que c'est peut-être une façon de ne pas trop mouiller sa chemise. Ecrire les histoires des autres est peut-être un excès de pudeur.

 

- L'existence d'un auteur publié par de petits éditeurs n'est pas toujours très simple : quelles réflexions vous inspire votre expérience dans l'édition ?

 

- Mes réflexions sur le sujet tiendraient dans un... livre. Je croyais être éditée parce que le mien était bon. Naïve et prétentieuse, je suis très vite tombée de mon nuage, aspirée par la sphère économique. Pour faire court, je me suis pliée à ce qu'on m'a demandé, puisque c'était au nom du dieu marketing. Le titre a changé, des passages entiers ont été coupés, des mots changés à mon insu, l'imparfait du subjonctif supprimé. J'ai serré les dents. C'était un mal nécessaire. Finalement, le livre est paru, presque à l'insu de mon plein gré, avec 6 mois d'avance sur la date prévue, une sortie prématurée dont j'ai eu connaissance quelques jours après l'arrivée des livres dans le stock de la maison d'édition. Ce n'était pas ainsi que je m'étais imaginé l'avènement de mon premier ouvrage personnel. J'étais déjà bien sonnée, quand on m'a suggéré de calmer mes espoirs de succès, ce que je fis en constatant que l'envoi massif du livre à la presse n'était pas au programme du dieu marketing. Inutile, les journalistes et les critiques n'ont pas le temps de lire... m'a-t-on expliqué. Dépitée, je me suis quand même assise derrière une table, dans un salon du livre ou chez « mon » libraire amical et sincère pour signer d'une dédicace fébrile quelques rares exemplaires. Un peu moins de deux ans après sa parution, allez comprendre... les ventes de 4 ares 45 de bonheur se révélaient carrément médiocres, et je fus encouragée, par courrier, à racheter le stock de livres restants (1 000 environ). Faute de quoi il passerait au pilon... Je l'ai laissé partir au pilon. C'est cruel. Car au-delà des chiffres de ventes, j'ai vécu comme un choc l'absence de concertation et de discussion avant publication. Pour tout dire, le manque de témoignages « d'amour » ou devrais-je plus raisonnablement dire d'adhésion ou de respect de la part de l'éditeur envers mon travail m'a été d'une grande frustration.

 

- Quels sont vos projets, en matière d'écriture ?

- En matière de roman, me remettre de ce qui précède en m'y remettant... car cette première parution a laissé des traces et posé bien des questions. J'avais en boîte les esquisses de deux autres romans, et m'estimant remise de mes déconvenues, je travaille sur l'un d'eux. J'espérais l'achever en cette fin d'année, ce que je m'étais déjà promis l'année dernière à la même époque... En ce qui concerne l'écriture professionnelle, savez-vous pourquoi c'est Amerigo Vespucci qui a donné son nom à l'Amérique et non Christophe Colomb qui en était le découvreur ? Parce que Vespucci s'est fait connaître avant Colomb, en publiant sa biographie... Mes projets sont de faire parler de mon métier dont trop peu de gens connaissent l'existence...

 

 

 

 

Publié par Genève à 14:01:16 dans Les petits noirs de Stéphane Laurent | Commentaires (0) |

Un petit noir avec Gérard Levoyer | 23 février 2007

Gérard Levoyer multiplie les casquettes et jongle avec les activités: auteur de théâtre (près de 30 pièces au compteur), de textes pour la radio (des dizaines de dramatiques, enregistrées par des comédiens tels que Claude Piéplu ou Julien Guiomar), nouvelliste, metteur en scène, comédien... et animateur du concours Nouvelle au pluriel, qui a fait pendant onze ans le bonheur de centaines d'auteurs en herbe ou confirmés. J'ai d'ailleurs fait connaissance avec Gérard à une remise des prix de son concours, dont je suis par la suite devenu l'un des lecteurs. J'ai aussi eu l'occasion de l'inviter à Strasbourg pour une soirée de lecture publique de quelques-unes de ses nouvelles, organisée par mes soins. Il m'a donc semblé naturel de lui consacrer un peu d'espace sur ce blog, pour un petit échange convivial, comme au coin du zinc, devant un petit noir...
 

-Je crois savoir que ton parcours d'auteur a démarré tardivement, après plusieurs autres « existences » professionnelles : peux-tu retracer l'itinéraire qui t'a conduit à l'écriture et au théâtre ?
 

-  Oui avant de vivre oiseusement de ma plume, comme on dit parfois dans les mauvaises nouvelles, j'ai engrangé quelques annuités dans différents secteurs, afin de ne pas mourir de faim quand la bise de la retraite sera venue. J'ai donc été tour à tour : chercheur d'or dans la Touques (rivière qui se jette dans la Manche à Trouvilles sur mer), coureur du Tour de France en billes sur les plages du même lieu, chasseur d'autographes, resquilleur de galas, chapardeur de fétiches, concouriste de chant, ramasseur de billets de banques perdus et cent autres petites occupations de jeunesse qui m'ont conduit à remplir les casiers d'une supérette, premier vrai job d'été qui précéda de peu la peinture en bâtiment et le monitorat dans un C.A.T, ces deux derniers emplois occupant la très large place de mes quarante premières années. Mais si ces métiers se situent avant mon activité d'auteur, je ne pense pas qu'elles y aient mené. L'écrit a toujours été mon truc. Dès l'école je ne vivais que pour le cours de français et mes meilleures notes étaient obtenues en « rédac ». J'ai bien sûr commencé par écrire des poèmes, puis des chansons que nous chantions en chœur sur les scènes Trouvillaises et, comme j'ai rencontré le théâtre à 17 ans (c'est-à-dire 3 ans après le travail), je me suis mis à imaginer de courtes pièces dont j'échafaudais la trame sur le haut de mes échelles de peintre et que je me dépêchais d'écrire sur des cahiers à la pause « 4 heures ».
 

- Dramaturge, auteur pour la radio et pour la télévision, nouvelliste mais aussi comédien et metteur en scène... toutes ces cordes à ton arc te semblent-elles complémentaires ou prouvent-elles simplement que tu aimes papillonner ?
 

- Les deux. Je m'ennuie très vite. J'aime écrire vite et passer vite à autre chose. Trois « vite » en une ligne ce n'est pas un hasard c'est un constat. Les choses ne vont jamais assez vite pour moi. Je suis une sorte de puce qui saute à gauche à droite, sur tout ce qui passe à sa portée. Ce qui m'amène à travailler sur plusieurs projets à la fois. Je ne suis pas toujours très heureux de cet état, ayant le sentiment latent de ne pas aller au fond des choses, de les survoler, mais c'est aussi la demande qui fait cela. Et cette exigence que j'ai de vouloir répondre « présent » à tout appel même s'il n'est pas « au secours ». L'organisation de Nouvelle au Pluriel m'oblige aussi à découper mes journées en tranches. Bref oui j'aime papillonner. Et quand je suis comédien l'écriture me manque. Et l'inverse est valable itou. Mais ce qu'il y a, avant tout, avant ce besoin de mener mille choses de front, il y a l'envie de me lancer des défis, de voir si je suis capable de... Toutes les disciplines de l'écriture demandent des techniques différentes, un savoir faire différent, un mode de réflexion différent. Ecrire un sketch est très difficile pour qui ne l'a jamais fait, un bon sketch s'entend. C'est-à-dire un texte de 5 minutes, monologue ou dialogue, dont une réplique sur deux doit surprendre et amener le rire. Idem pour un texte radio où certains proposent parfois des scénarii qui ne sont que des pièces de théâtre. Quelle bêtise de passer à côté de ce qui fait l'originalité de la radio, à savoir l'absence d'image ! La suggestion ! Suggérer est une arme formidable, couper au bon endroit aussi, se servir du bruitage, de l'action, de l'intonation. La radio peut s'écouter dans le noir, alors elle vous habite, vous envahit, vous entraîne, et l'auteur peut emmener l'auditeur aveugle où il veut par la simple force de ses mots ... excusez-moi, j'ai l'impression de faire un cours. Evidemment, si personne ne me coupe la parole, moi, je peux bavarder sans fin. 
 

 - Alors coupons : j'ai le sentiment que tes pièces – tu en as écrit plus d'une vingtaine – sont très régulièrement montées par de petites compagnies. En tant qu'auteur et metteur en scène, quel regard portes-tu sur ces adaptations ? 
 

 - 29 exactement ! J'en suis pas peu fier. La dernière s'appelle « Les enfants de la cigogne » un texte pour jeune public sur le thème de l'adoption. Terminée il y a tout juste un mois, pas encore éditée, elle est donc vierge. En ce qui concerne les 28 autres, elles ont effectivement la chance – à part deux ou trois – d'être toutes jouées, plus ou moins régulièrement, par des troupes amateurs, de Aubignas à Pompignac, de Marennes à St Bonnay de Cray, sans oublier la Belgique, la Suisse, le Québec et - plus surprenant - l'Iran et Djibouti. C'est, bien sûr, une énorme satisfaction pour moi. Et il m'arrive très souvent d'aller rencontrer ces compagnies, d'assister à une représentation de ma pièce et de discuter avec toute la troupe. Ces visites sont toujours vécues par les comédiens comme un événement à la fois heureux et terrorisant. « Un auteur vient nous voir !!! Est-ce qu'on va être à la hauteur ? » Nous devons certainement apparaître comme des monstres intouchables vivant éternellement enfermés dans une tour de château. De ce fait, quand on en libère un, il faut s'attendre à tout. On ne me jette pas de cacahuètes mais on m'offre des verres à boire, histoire de m'amadouer. Dans l'ensemble je suis plutôt aimable et je remercie tout le monde, je trouve les mots pour faire plaisir. Ils sont la plupart du temps spontanés et sincères mais j'avoue qu'il m'est arrivé de me forcer un petit peu suite à une représentation qui ne mettait pas vraiment ma pièce en valeur, voir même qui pouvait lui porter préjudice. L'enfer est parfois pavé de bonnes intentions ! 
 

  -   Te considères tu davantage comme un comédien qui écrit, ou comme un auteur qui joue la comédie ? 
 

 -   Je ne me considère pas du tout. Je ne m'envisage pas plus. Et surtout je ne me définis pas. Je n'en sais rien. J'ai d'ailleurs beaucoup de mal à répondre quand, sur un questionnaire, on me demande ma profession. Je ne tranche pas, je marque : auteur/comédien. Les deux sont indissociables, imbriqués, réversibles et complémentaires. Coupez-en un, il ne vous restera que Gé Lev ou que Rard Oyer. Ce qui est franchement moche, reconnaissons-le. 
 

 - D'un point de vue très personnel, je suis assez agacé par les auteurs qui répugnent à pratiquer certaines formes d'écriture alimentaire (sur le mode « très peu pour moi, je ne mange pas de ce pain-là... »). Je sais que tu as écrit des textes pour la télévision, des nouvelles pour l'hebdomadaire Nous Deux... Comment considères-tu ce type d'exercices assez éloignés du reste de ton œuvre ? Comme un challenge, ou simplement comme une façon de mettre du beurre dans les épinards ?
 

 - J'aime relever des défis. Ecrire pour Nous Deux en était un vrai car on dit toujours en lisant une certaine littérature : c'est facile. Hé bien pas du tout ! Comme je traversais une période difficile pécuniairement, j'ai trouvé cette solution pour ajouter du beurre, comme tu dis. Mais ce ne fut pas aisé car ces nouvelles sont tout d'abord calibrées très précisément et surtout il y a une charte bien précise avec des mots à ne pas employer (braguette par exemple, beurk, pas beau, interdit), des codes, des expressions porteuses, des ellipses à éviter. J'ai pris beaucoup de plaisir à écrire pour eux, en dépit de la vingtaine de textes qu'on m'a refusée (hé oui, quand même, j'avais du mal à entrer dans le moule) car ça m'a permis d'écrire dans des directions différentes, des histoires dont je ne rougis pas, que je n'aurais jamais abordées de moi-même et non dénuées d'intérêt. Car même si Nous Deux propose du sentimental il ne dédaigne pas la qualité. J'ai également dit qu'écrire un sketch n'était pas si évident que cela, surtout quand on a envie d'être joué par les plus connus des amuseurs. Ce sont des gens très courtisés, qui lisent des tonnes de sketches, s'ils vous choisissent c'est vraiment que vous avez fourni du bon travail et il n'y a pas de satisfaction plus importante que la reconnaissance du travail bien fait, dans quelque domaine que ce soit. Il n'y a pas d'écriture vulgaire et d'écriture noble. L'important c'est d'être honnête avec ce que l'on fait. Et de le faire bien. Dans le genre alimentaire j'ai aussi écrit du texte pour des présentateurs télé, à savoir Debanne et Montiel dans Vidéo Gag, car il faut savoir que ce qu'ils disent ce sont des auteurs qui l'ont écrit et s'ils font de l'humour c'est l'humour d'un autre. C'était épuisant d'écrire ce genre de trucs, nous étions une équipe de 5 auteurs à nous réunir, à délirer, inventer des trucs, peaufiner des jeux de mots et le jour de l'enregistrement, dans la panique et l'excitation, comme les textes n'étaient pas appris, il ne restait plus rien, que des bribes, des approximations, un cadavre d'humour. C'est alors qu'on se met à penser très fort au chèque qui va venir effacer la déception. 
 

 - Peux-tu dire quelques mots du concours Nouvelle au Pluriel, que tu animes depuis plus de dix ans ?
 

 - Comme un auteur de polar qui en a marre de son héros et qui le tue, cette année j'achève le concours. A part que moi j'en ai pas vraiment marre. Ce sont les circonstances qui viennent mettre un terme à onze années de belle existence. L'association arrête ses activités pour cause de départ en retraite du président, personne pour lui succéder et donc le concours s'arrête. En même temps c'est une bonne chose car la formule est exigeante et lourde à gérer. Elle repose beaucoup sur la participation bénévole à tous les niveaux. Et ça, ça s'épuise vite. Je le sens chaque année quand je prends mon téléphone pour rassembler mes lecteurs. J'en perds toujours une dizaine qu'il faut que je remplace. Et ça ne se trouve pas facilement un bon lecteur. Et puis il y a la grosse partie qui constitue l'originalité de notre remise des Prix, c'est-à-dire la théâtralisation. Ce sont des troupes amateurs qui s'y collent, c'est pour elles un travail supplémentaire à accomplir uniquement pour la gloire. Alors quand il n'y a pas le compte c'est encore moi qui prend en charge le déficit et qui réalise une théâtralisation. Bizarrement, là où j'ai le moins de mal c'est pour constituer mon jury de personnalités, je trouve toujours des comédiens aimables qui sont intéressés par  cette entreprise originale et qui sont partants pour lire les dix nouvelles sélectionnées, pour venir en débattre et souvent de façon passionnée. Et sur la dizaine il s'en trouve toujours trois pour accepter un travail bénévole supplémentaire, à savoir venir en studio enregistrer les textes lauréats. Cette année Pierre Santini, Bernard-Pierre Donnadieu et Philippe Magnand, rien que ça. Je suis vraiment très content. Alors voilà, après un thème choisi exprès pour l'enterrement, « Pour solde de tous comptes », Nouvelle au Pluriel fera son dernier salut et rejoindra au cimetière des éléphants tous ces beaux concours qui meurent, hélas, chaque année. Mais il n'y a rien de plus vivace qu'un concours. Ca peut ressurgir de n'importe où. Celui là ou son petit frère. Et je me connais, si je vois un bourgeon apparaître, je suis bien capable de l'arroser pour le faire pousser et lui donner une belle dimension. Oui je sais, on n'arrose pas un bourgeon, c'est la limite de la métaphore. 
 

 -Pour finir, quels sont tes projets en matière d'écriture ?

 - Euh... pas grand-chose. Ce qui veut dire beaucoup de possibilités. Pour être honnête, il me reste quand même une commande ferme et un espoir de commande. La commande ferme concerne France-Inter qui m'a commandé une dramatique policière, vingt minutes à livrer quand je veux. Hier j'ai terminé une autre commande radiophonique concernant une émission historique, un truc sur la révolte des canuts de Lyon en 1831. Passionnant à faire. Et l'espoir de commande concerne une pièce de théâtre à écrire pour une compagnie professionnelle de Rochefort, pour laquelle j'ai déjà écrit deux pièces, et qui prépare une évocation sur l'évolution des femmes dans la société, mais le concept n'est pas encore défini alors je ne peux pas en dire plus. Cette année, j'ai une pièce qui cartonne et qui s'appelle « La princesse et le plombier », c'est un spectacle pour jeune public mais où les parents se bidonnent aussi, un truc un peu fou, écrit à la manière des cartoons, et qui délivre un petit message qui me semble tout de même important, à savoir qu'un plombier est plus important, dans un château en ruines, qu'un prince charmant. Et qu'il ne faut pas juger les gens sur leur condition sociale. Une petite graine de morale qui n'en a pas l'air mais qui peut germer dans le ciboulot des mômes (et là c'est aux parents de l'arroser). La compagnie compte la reprendre pendant six mois au Guichet Montparnasse et ils voudraient bien une seconde pièce pour jouer en alternance, alors bien sûr j'ai proposé « Les enfants de la cigogne » mais si elle ne convient pas il faudra peut-être que j'en écrive une autre. Et puis enfin, si jamais je n'avais aucune commande, rien, plus d‘objectif précis, que le monde entier oublie que j'existe et me laisse croupir dans ma Queue en Brie humide et glauque, je me dis que ce serait peut-être l'occasion d'écrire enfin mon chef d'œuvre. Le truc qui marque. La super pièce ou le super roman. Le machin qui ferait que ma mère arrêterait de dire « oui t'écris mais t'es pas écrivain ? ». Le pavé qui amènerait mon nom en gros sur une affiche. Le meilleur polar de l'année préfacé par Bénacquista. Le bouquin incontournable qui vous ferait dire « je le connais, lui ». Et qui ferait que je ne répondrais même pas à cette interview parce que plus le temps, grosse tête, attachée de presse, agenda, rdv, vite, vite, vite, PPDA, taxi, avion, hôtels, bisou-bisou, conférence, champagne, caviar, ski à Courchevel...
Le truc qui ferait de moi un gros con...
C'est bizarre, j'ai l'impression que je ne vais pas avoir le temps de l'écrire, ce truc !

Publié par Genève à 13:41:13 dans Les petits noirs de Stéphane Laurent | Commentaires (0) |

Archives

Février

DiLuMaMeJeVeSa
    123
45678910
11121314151617
18192021222324
25262728   
  • RSS
  • RSS
  • Podcast
  • atom 03