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Deuxième partie de l'entretien avec Georges Flipo, qui aborde ici le processus de publication de son premier roman. De quoi largement faire chauffer le percolateur...
- J'aimerais que nous puissions aborder ton roman « Le Vertige des auteurs », qui vient de paraître aux éditions Le Castor Astral : peux-tu retracer les étapes de la publication de ce livre ? Il a, je crois, été envoyé par la Poste...
Ça va être long, il faudra au moins deux cafés. Pour ceux que ça ennuie, on peut passer sans dommages à la question suivante.
Bon, je me lance :
Au tout début, j'ai écrit ce Vertige des auteurs... pour savoir si j'étais capable d'écrire un roman, quand j'étais encore nouvelliste chez Anne C. Il a été lu par deux lectrices différentes : l'une l'a trouvé « mortellement ennuyeux », notamment dans ses chapitres ancrés dans l'entreprise. L'autre l'a « beaucoup aimé ». Comme Anne n'aimait pas ma vision grinçante de l'entreprise, elle a arbitré en faveur de la première, tout en reconnaissant les qualités d'écriture et l'intérêt du personnage principal du Vertige. Fin de l'anecdote, mais elle montre que le sort d'un roman est très aléatoire, surtout quand il vient de l'extérieur : il n'y a alors qu'une lectrice... il faut tomber sur la bonne.
Il fallait repartir à zéro, j'ai proposé le Vertige aux autres éditeurs. Mais pas en vrac. Je l'ai envoyé en deux fichiers, A et B.
- FICHIER A : J'avais sélectionné une vingtaine d'éditeurs qui me paraissaient spécialement aptes à aimer : sur ceux-là, j'agissais en deux temps.
1er temps : envoi d'un courrier ou d'un mail présentant une synthèse de revue de presse de mon premier recueil (La Diablada), plus le pitch d'un second recueil ET du roman. Je leur proposais d'envoyer roman et/ou recueil s'ils se déclaraient intéressés. Le Castor Astral faisait partie de cette sélection prioritaire.
2ème temps : s'ils ne répondaient rien, j'envoyais quand même les deux, mais quelques mois plus tard, de façon échelonnée.
Comme plusieurs autres du fichier A (environ 50%), Le Castor Astral m'a demandé l'envoi des deux tapuscrits. Ce que j'ai fait, par la poste. A ce stade, j'ai eu plusieurs réactions intéressées, mais aucun OK définitif. Le Castor a donné son OK plus tard (il avait égaré le tapuscrit) : j'avais déjà commencé à envoyer des tapuscrits en fichier B et en A « direct ».
Voilà, c'était aussi laborieux à mener qu'à expliquer. Mais ça a marché : OK fin 05. Et on m'a prévenu que le roman serait édité en janvier 07. Oui, 14 mois, longue attente....
Très peu de corrections sur texte durant cette phase finale : un allègement de 10%, quelques remaniements de phrases trop elliptiques ou obscures, une douzaine au maximum. L'écriture du tapuscrit était déjà très finalisée, sans modestie. Rien à voir avec celui de La Diablada, j'avais compris qu'il fallait peaufiner et re-peaufiner pour avoir une chance d'être édité.
Merci pour la comparaison avec Bel-Ami, c'est trop. Cela dit, il y a du vrai : en écrivant le roman, j'y ai souvent pensé. Le héros, Sylvain Vasseur, est un anti Bel-Ami, il rate tout avec de plus en plus d'optimisme. Il ne devient humain que lorsque sa vision de lui-même s'effondre.
Je voulais créer un héros archétypal, bon, ça paraît prétentieux, mais quand on se lance dans un roman, mieux vaut avoir des prétentions.
Je voulais que ce puisse être pour le lecteur-auteur, comme tu le suggères, un repère clin d'œil, une sorte de référent. Que le futur auteur puisse se dire « Attention, je fais mon Sylvain Vasseur ». Et cela peut concerner ses relations avec son conjoint, avec ses amis. Ses rapports à l'écriture, à l'échec, à la recherche de gloire illusoire. Plusieurs retours de lecteurs-auteurs montrent que l'objectif est atteint sans tomber dans la pédagogie, heureusement.
Je voulais aussi, plus confusément, en filigrane, parler de la vanité d'écrire sur soi. Patrick L'Ecolier l'a très bien pointé dans sa critique.
Et je voulais enfin que ce soit drôle. Parce que toute cette lamentation de l'écriture est en soi formidablement drôle : ces malheureux, dont je suis, qui s'inoculent librement le virus plumitif, rêvent d'être encore plus malades et en parlent à satiété. Mais je n'ai pas construit la trame pour que ce soit drôle. L'humour était indispensable, vu le sujet, mais il est venu en plus, par la narration faussement empathique.
Aïe, aïe, tu grattes là où ça vient de faire mal : je viens d'échouer... sur la seconde marche du podium pour le Grand Prix de l'Humour noir. De très peu. Un vote de plus, et c'était sans doute le gros accélérateur dans les médias et chez les libraires, pour la carrière du roman... et pour la mienne.
La promotion va donc continuer normalement : j'ai déjà fait quelques séances de dédicaces en librairies, le Furet du Nord à Lille m'a offert un débat-présentation. Et pour ce mois de mars, je suis invité au Salon de Bondues (à côté de Lille) et à Escales du Livre, à Bordeaux. Et à Paris.
Retombées presse : j'ai eu une très bonne critique (Ovations) dans le Nouvel Obs, et sur pas mal de bons sites ou blogs littéraires (liste partielle en bas). Ça m'a permis de faire connaissance avec des personnes plus que sympa.
Si je devais comparer avec la sortie de La Diablada, chez Anne C., j'avais eu plus de critiques dans la presse, mais aucune retombée sur internet. Est-ce une question de saison de sortie ? D'intérêt de ce roman ? De force de frappe du service presse d'Anne C. ? De toute façon, ce sera le résultat final qui comptera. Les retombées spécifiquement presse ne sont peut-être que glorieuse illusion. Je crois plus aux blogs et sites littéraires.
Les retours des lecteurs, par courriers ou par mails, comme ceux des critiques sont vraiment très stimulants : ceux qui ont ouvert le livre ont aimé. Mais combien l'ont-ils ouvert ?
Quoi d'autre ? J'ai apprécié la façon dont le Castor Astral m'a impliqué, avant la sortie, dans les réunions avec la force de vente de Volumen.
Je crois que l'avenir de ce livre se jouera sur le bouche-à-oreille, sur des chroniques ou interviews comme celle-ci. Merci pour ce café.Il va donc falloir que j'en écrive d'autres, et j'ai un peu perdu le rythme : j'ai passé mon année à écrire presque exclusivement un second roman qui est terminé. Je vais maintenant le peaufiner en tenant compte de quelques commentaires très constructifs. On me dit qu'il est meilleur que le Vertige, je n'en suis pas convaincu. Et je travaille déjà la trame d'un troisième roman, assez complexe, mais qui pourra secouer.
Je ne partage pas du tout ce point de vue ; je sais que c'est très mal, mais je vois l'écriture comme une sorte de petite mort, on se retire temporairement du monde, on ne fait plus que le hanter, surtout quand on écrit un roman : le vrai monde, « les vrais gens », deviennent ceux du roman. Quand il est fini, il faut revenir à la vie, c'est indispensable, mais le réveil est douloureux : la phase de recherche d'un éditeur est pénible, la phase post-partum juste après la publication, l'est encore plus. On est pressé de re-mourir. C'est le pire moment de la vie d'un auteur. Mais il va de pair avec le plus beau : celui où des lecteurs disent ou écrivent ce qu'ils en ont pensé.
Un auteur, pour moi, c'est un être mal enraciné qui fait des allers & retours entre la vie réelle et la vie littéraire, et qui ne voit plus où est la vraie, qui ne sait plus laquelle le nourrit pour tenir le coup dans l'autre.
C'est horrible ce que je viens de dire, voilà ce que c'est, les interviews...
Publié par Genève à 08:34:41 dans Les petits noirs de Stéphane Laurent | Commentaires (0) | Permaliens
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